Une vie...La mienne

Couverture de la Biographie de Geneviève, Une vie... La mienne, écrite par Souvenance éditions.

EXTRAIT

Mes parents, mon enfance

Je suis née le 25 mai 1942, à l’hôpital de Fontainebleau, comme mes frères et sœurs.

C’était en pleine guerre, à une époque où l’on n’avait pas beaucoup d’espoir. Pour ma mère, qui ne s’intéressait pas beaucoup à la politique, 1933 n’était pas l’année de la venue d’Hitler au pouvoir mais celle de ses fiançailles, 1936 et 1939 celles de la naissance de mes frères Philippe et Bertrand. Je suis le troisième enfant de mes parents ; ma petite sœur Mireille, elle, verra le jour en 1944, juste avant le débarquement.

Mon père était médecin à Fontainebleau. Avant cela, il exerçait dans un village des environs. Mobilisé, il avait, avant de partir au front, confié à maman un stock de médicaments, et lui avait même appris à faire des piqûres. En l’absence de mon père, maman faisait plus ou moins le médecin de village, pour gagner un peu d’argent. Puis, pour les mettre à l’abri, mon père a fait partir ma mère et mes frères, qui étaient très jeunes, à Villasavary, un petit village dans l’Aude, dont le père et le grand-père de ma mère étaient originaires. Le père de maman les accompagnait pour le voyage : sur son ausweis, lui qui n’avait que le brevet supérieur, il était écrit « Herr Doktor », signe que les Allemands avaient dû être sensibles à sa prestance… Une fois arrivée, maman a retrouvé son oncle, le frère de son père, qui était prêtre et enseignait l’histoire au séminaire de Carcassonne. Ma mère et ses garçons ont donc passé quelques mois à Villasavary, dans une belle maison du 17ème. Il y avait de grandes pièces, des parquets splendides et une terrasse devant le salon, en pente douce avec vue sur la Montagne Noire. C’était magnifique, mais sans aucun confort : ni salle de bain, ni chauffage ; je crois qu’il fallait puiser l’eau à la fontaine sur la place de l’église. Maman prenait tous ses repas à l’auberge du village, toujours pleine de monde.

Les parents de ma mère et leurs trois filles habitaient Avon, une petite ville qui jouxte Fontainebleau. Mon grand-père venait du sud-ouest, région grande pourvoyeuse d’employés des PTT, et lui-même était responsable d’un centre de tri postal à Paris. Il travaillait de nuit et tous les jours, il partait par le train de 18 heures, rentrait au matin et dormait jusqu’à midi. Peintre amateur, amoureux de la forêt de Fontainebleau, il passait l’après-midi à peindre.

Durant son année de philo, la sœur aînée de maman a fait la connaissance de Marc, mon père. Filles et garçons étaient mélangés, car il n’y avait pas de classe de philo au lycée de jeunes filles. Comme papa était orphelin, elle l’invitait de temps en temps chez ses parents : c’est ainsi qu’il a rencontré ma mère.

Maman s’appelait Marie-Madeleine, elle était violoniste. Contrairement à ses sœurs, dont l’aînée est devenue professeur d’histoire et de géographie, elle avait arrêté le lycée en classe de 4ème, parce qu’elle pratiquait le violon quatre heures par jour, et ce depuis sa plus tendre enfance. Mes grands-parents lui faisaient donner des leçons de français et d’anglais, mais c’était tout. En revanche, elle se rendait régulièrement à Paris prendre des leçons particulières. Je pense que l’idylle entre mes parents a dû se nouer dans le train pour Paris, qu’ils prenaient l’un et l’autre régulièrement. Ils se marièrent en août 1934 à la mairie du XVIème. Ils étaient jeunes, papa avait 24 ans, maman 22. Mon grand-père a assisté au mariage, où il n’y avait pas grand monde, mais ma grand-mère a refusé d’y aller, par contrariété, car elle aurait voulu que sa fille aînée se mariât la première, et que maman épousât un musicien. Maman parlait toujours de sa mère comme d’une femme formidable, une sorte de sainte, mais je pense un peu que c’était une emmerdeuse guère sympathique… Elle est morte en juin 1944, après avoir eu la joie, disait toujours maman, d’apprendre la nouvelle du débarquement. Du côté de papa, je sais que son oncle Denis était présent. Mon père n’avait presque pas de famille hormis cet oncle par alliance, le mari de la sœur de sa mère, qui s’est toujours montré très protecteur avec lui.